La CNV, ça fait des enfants roi !


Une adolescente qui met un vent à sa mère et qui continue à regarder à utiliser son téléphone portable

J’ai souvent entendu cette remarque.

Au début, ça m'énervait. Parce que ça n’était pas du tout ce que je vivais avec la CNV et parce que, surtout, ça remettait en cause mes nouvelles convictions et certitudes. Mais si ça m’agaçait autant c’est que, probablement, les personnes qui me disaient ça ne voyaient pas, dans l’exemple que je leur montrais, autre chose que des arguments pour leur donner raison.

Avec le temps, je me suis apaisé à propos de ce sujet et j’ai quitté le mode réactif où j’avais envie de convaincre que “c’était faux”. En réalité, très vraisemblablement, j’avais envie de me convaincre que le choix que j’avais fait était le bon. Aujourd’hui, la sérénité qui existe dans les relations avec mes filles (alors même que ce sont 2 jeunes femmes de 15 ans et 18 ans) me conforte dans les choix que j’ai faits et me donne envie d’écrire ce post, non plus pour convaincre mais pour témoigner comment la CNV a transformé notre relation parent-enfant.


Comment se passe la vie à la maison avec la CNV ?


Puisqu’une majorité de ceux.celles qui seront déjà arrivé.e.s jusqu’ici n’iront pas jusqu’au bout de ce post, je vous donne dès maintenant mon point de vue sur le sujet


Non, la CNV ne fait pas des enfants roi … en tout cas, pas plus (ou pas moins) que d’autres manières de communiquer.

Mais ça n’est que mon avis ou, plus exactement, ma conviction. Et le seul élément tangible que je peux apporter et, j’espère, vous (re)donner confiance en la CNV, c’est de témoigner de ma propre histoire.


Quels résultats attendre avec la CNV ?


Même si la CNV s’intéresse plus à la qualité de la relation entre les individus qu’aux résultats qu’on en attend, je vais vous parler un peu de l’ambiance à la maison et de ceux que je peux observer aujourd’hui, après quelques années de pratique quotidienne de la CNV.


Quand j’étais jeune et que j’imaginais l’enfant idéal, je le voyais sage, obéissant, poli, respectueux, attentionné, …

Plus concrètement, lorsque ma 1ère fille est née et dans les années qui ont suivi, j’attendais d’elle (c’était même des exigences la plupart du temps) qu’elle :

  • travaille bien à l’école

  • s’intéresse à nous et aux autres (parents, famille, ami.e.s, …)

  • passe un temps raisonnable sur les écrans

  • se tienne et mange correctement à table

  • mange de tout

  • participe aux tâches ménagères

  • se lave régulièrement

  • prenne plaisir à passer du temps avec nous (repas, sortie, vacances, …)


Aujourd’hui, ma réalité dépasse totalement tout ce que je pouvais imaginer il y a quelques années. Non seulement parce que tout ce qui figure sur cette liste (et bien plus encore) est notre réalité mais surtout parce que les relations sont sereines et détendues et mes exigences sont devenues une histoire ancienne. Pour ne prendre que quelques exemples :

  • On mange tous les repas avec nos filles

  • Elles mettent la table, vident et remplissent le lave-vaisselle, font à manger et aident à nettoyer le linge

  • On passe l’essentiel de nos sorties et vacances ensemble (je vous rappelle, mes filles ont 15 ans et 18 ans)

  • Elles vont à l’école tous les jours et font leurs devoirs seules

  • Elles ont des ami.e.s


Pour être totalement honnête, il y a un point pour lequel le résultat n’est pas à la hauteur des attentes que j’avais il y a quelques années.


Mes filles ne sont pas sages et obéissantes …et c’est tant mieux.

Si vous êtes intrigué.e.s de lire que je suis ravi de ça, je vous invite à patienter un peu et attendre la publication d’un futur post sur le sujet.

Cependant, pour ne pas vous laisser dans une totale perplexité, je vous dirais juste que je me réjouis d’avoir des filles qui ont leur libre arbitre et qui n’obéissent pas aveuglément à des ordres pour la seule raison qu’ils viennent d’une figure d’autorité. Je me sens rassuré de savoir qu’elles ont du discernement et de l’affirmation de soi pour savoir questionner des demandes qui n’ont pas de sens pour elles voire qui leur paraissent totalement injustes.


Que deviennent les enfants avec la CNV ?


Aucune idée. Je n’en connais pas suffisamment pour pouvoir répondre à cette question. Et même si ça avait été le cas, tenter de répondre à cette question c’est faire une autre généralité avec le risque d’enfermer des personnes dans des cases.

En revanche, je peux témoigner de ce que deviennent mes filles, comment elles grandissent, comment elles évoluent au contact de la CNV et surtout comment celle-ci s’incarne en elles jour après jour.


Pour moi, avec la conscience que mon avis passe au travers de tous mes filtres et de ma subjectivité, mes filles ne sont pas ce que certain.e.s pourraient appeler des enfants rois.

Je m’aperçois, en écrivant ça, que ça ne vous donne pas beaucoup d’informations concrètes sur mes filles. Je m’aperçois aussi que je suis mal à l’aise d’évoquer ce concept d’enfant roi parce que c’est une étiquette derrière laquelle chacun.e peut y glisser des choses très différentes. Alors j’ai juste envie de vous dire comment je perçois mes filles.

Ce sont des jeunes femmes qui ont conscience d’elles-mêmes, de leurs qualités et leurs défauts et qui, chaque jour, gagnent en maturité.


Ce sont aussi des jeunes femmes empathiques et ouvertes aux autres qui cherchent à trouver un équilibre entre ce qui est important pour elles et les autres, en prenant soin à la fois de leurs besoins et de ceux des personnes de leur entourage.

La CNV, ça n’est pas être laxiste et laisser tout faire à ces enfants …


Arriver à cette situation relationnelle avec mes filles, c’est le fruit de quelques années de réflexion, de questionnement et d’efforts. Ça a été un travail sur moi pour déprogrammer ce logiciel qui fonctionnait à merveille pour en installer un nouveau et tenter de le faire fonctionner dans un environnement pas vraiment adapté pour lui.


Donc non, pratiquer la CNV comme j’aimerais qu’elle le soit (et comme je la vis moi-même au quotidien) n’est pas un acte laxiste

C’est au contraire un acte compliqué qui demande du courage et de l’abnégation parce que c’est faire différemment de la majorité. Ca n’est pas toujours simple, ça bouscule dans nos habitudes … mais le résultat est merveilleux.


La CNV donne de l’importance aux besoins de tou.te.s


L’un des challenges pour moi a été de prendre conscience que mes filles ont des besoins tout aussi légitimes et importants que les miens et que …


trouver des stratégies pour prendre en compte les besoins de mes filles, ça n’est pas en faire des enfants roi mais seulement les respecter en tant que personne, et respecter leurs spécificités et leurs différences.

En pratique, ça a signifié remettre en question beaucoup de mes exigences lorsque celles-ci ne prenaient en compte que mes besoins et d’accepter, petit à petit, et chaque jour un peu plus à mesure qu’elles grandissaient, des attitudes et des comportements qui avaient beaucoup de sens et d’importance pour elles même s'ils n’en avaient pas autant pour moi.


Néanmoins, accepter quelques nouvelles libertés, lâcher prise sur mes habitudes et mes convictions et prendre un peu de recul vis-à-vis de mes croyances, ça ne veut pas dire laisser mes filles faire tout ce qu’elles ont envie de faire et vivre sans règle.


La CNV nous a permis de définir des règles qui ont du sens pour tout le monde


Je ne sais pas si mes filles ont besoin de cadre et de structure. Même si ces besoins sont importants pour moi et m'apportent souvent de la tranquillité et de la confiance, je ne crois pas que ces besoins soient importants pour elle avec la même intensité. En revanche, je sais qu’elles ont besoin de support, d’accompagnement et de présence. Elles ont aussi besoin d’aide … parfois, mais pas tout le temps. Et elles ont surtout besoin de liberté, d’autonomie et de choix.


En sachant cela, il est plus aisé pour moi de comprendre que la stratégie de définir des règles pour vivre de manière plus harmonieuse la cohabitation sous le même toit n’est peut-être pas aussi agréable pour elles qu’elle ne l’est pour moi. Et de manière similaire, il est plus aisé pour mes filles de comprendre l’importance pour moi de définir des règles communes lorsqu’elles savent les relier à mes besoins de cadre et de structure, mais aussi de réciprocité, d’entraide, de collaboration lorsqu’il s’agit notamment des règles de vie en communauté.


La CNV nous invite à être clair et ferme sur nos besoins et en même temps d’être à l’écoute de ceux des autres et très ouvert sur les stratégies pour les satisfaire.

Avoir cette intention le plus souvent possible augmente significativement la qualité de la relation et du dialogue et amène, lorsqu’il s’agit des règles de vie en communauté, à définir des règles qui ont du sens et qui conviennent à tout le monde parce qu’elles ont été définies ensemble. Ça signifie que ce ne sont pas des règles que j’ai définies et que j’ai réussi à justifier à mes filles par une quelconque argumentation.


La nuance est de taille puisque, comme mes filles sont totalement impliquées dans la définition des règles, elles les respectent bien plus facilement que si je le leur avais imposées. Et le paradoxe c’est que, alors même que les règles ne sont pas gravées dans le marbre et peuvent être adaptées régulièrement, elles sont finalement peu remises en question et sont respectées par toutes les parties prenantes.


Mes filles ne font pas tout ce qu’elles veulent


Toute notre vie n’est pas encadrée par des règles parce que les besoins de liberté, spontanéité, simplicité ou encore fluidité sont importants pour mes filles comme pour moi. L’essentiel de nos relations est donc porté par la confiance réciproque. La confiance que j’ai envers elles qu’elles ont toutes les ressources pour faire des choix éclairés, justes et en conscience des éventuelles conséquences. Et la confiance qu’elles ont envers moi que leurs erreurs et leurs échecs seront accueillis comme une expérience de plus pour s’enrichir et progresser.


Parce qu’avec les années, la CNV leur a permis de comprendre l’interdépendance de nos relations, elles savent que tout ce qu’elles feront n’aura pas seulement des conséquences pour elles et qu’elle en aura également, de manière indirecte, pour les personnes de leur entourage. Elles ne font donc pas tout ce qui leur passe par la tête et ne cèdent pas à toutes leurs envies.


La CNV n’interdit pas de donner des ordres


Même si mon intention est d’être le plus souvent possible dans le dialogue et la prise en compte mutuelle des besoins de chacun.e, il peut encore m’arriver parfois de poser des exigences envers mes filles. Et même si la CNV nous invite à privilégier les demandes aux exigences, elle n’interdit pas d’en faire. Mais elle invite à le faire en conscience. En conscience que c’est une exigence et qu’on n’est donc pas prêt à entendre un refus comme réponse. Mais surtout en conscience des conséquences que ça peut avoir sur la relation.


Parce que, quand on impose quelque chose à quelqu’un c’est que, par définition, cette personne n’a pas envie de le faire. Et la prise en compte (ou non) de cette exigence se fera nécessairement dans une ambiance désagréable (*)

(*) j’y reviendrai dans un prochain post


Pourquoi autant de réticence de certains parents envers la CNV ?


Je suis étonné d’observer un tel décalage entre ma réalité et le point de vue de certaines personnes que j’ai pu croiser ces dernières années.


“Pourquoi certaines personnes sont convaincues que les personnes qui pratiquent la CNV sont laxistes et éduquent des enfants roi ?”

Comme l’invite à le faire la CNV, j’ai envie de tenter de comprendre, au travers de mes propres expériences et des échanges que j’ai pu avoir sur ce sujet, ce qui pourrait amener quelqu’un à penser cela.


La CNV invite à une communication très différente de nos habitudes


J’imagine que pour beaucoup de parents, habitués à une éducation traditionnelle qu’ils ont vraisemblablement reçue de leurs parents et qu’ils reproduisent avec beaucoup de facilité mais aussi rassurés par ce modèle très largement généralisé, la confrontation avec une autre manière de faire peut être déstabilisante. Et lorsqu’on s’identifie très fort à des comportements, à des convictions et des certitudes, il est d’autant plus difficile d’accueillir et d’accepter des comportements et des points de vue différents. Je pense aussi qu’on est nombreux, par l’éducation qu’on a reçue, à faire très attention aux regards des autres - sûrement plus que notre propre regard sur nous-même - et que les codes de nos sociétés nous ont définies des règles à suivre, des comportements à avoir et des normes à respecter.


Respecter les codes sociaux, c’est satisfaire plein de besoins importants pour la plupart d’entre nous …

… comme les besoins d’appartenance, d’inclusion, de stabilité, de cadre, de structure, de loyauté, de respect … et de pleins d’autres encore. Et l’intensité de la réaction face à des comportements de parents ou d’enfants très différents des nôtres est à l’image de la non satisfaction de ces besoins.


Le changement vers la CNV peut faire peur


J’imagine aussi que le changement peut générer de l’inconfort chez certaines personnes par l’instabilité qu’il peut amener. Et quand bien même, ce n’est pas nous qui changeons, voir les autres le faire, c’est peut-être imaginer qu’un jour on devra aussi prendre cette direction. Et cette hypothèse peut effrayer.


S’intéresser à d’autres manières de faire, c’est aussi faire naître la crainte d’avoir du mal à accepter avec bienveillance et sans culpabilité que ce qu’on a vécu et qu’on a fait vivre à nos proches aurait pu être fait de manière différente.

Se lancer dans la CNV, c’est quitter le confort d’une situation que l’on connaît et que l’on maîtrise … même si parfois (et peut-être même souvent) ce que l’on vit au quotidien est loin d’être agréable. Mais on connaît notre inconfort ce qui peut sembler plus sécurisant que de s’en créer un nouveau, par définition, complètement inconnu.

La CNV peut faire peur à expérimenter parce qu’elle est portée par un postulat important (parmi plein d’autres) qui consiste à tenter de diminuer le plus possible les exigences envers les autres (et donc envers nos enfants) … donc à perdre le contrôle que l’on pensait avoir sur l’autre.


J'imagine que la crainte des personnes qui sont sceptiques à propos de la CNV, c'est de laisser trop de liberté à leurs enfants et de perdre une sorte de contrôle sur ce que leurs enfants font ou sont. Le contrôle n’est pas un besoin mais une stratégie pour satisfaire le besoin de sérénité, de tranquillité ou de confiance par exemple. Et perdre ce contrôle, donc la satisfaction de tous les besoins qui y sont associés, peut être très inconfortable à vivre.


L’intention de la CNV, c’est de se rendre la vie plus belle


Je remercie tous les jours la vie de nous avoir offert Auréa et son handicap. Cette épreuve nous a poussé à nous questionner et à remettre en cause nos habitudes. Ça a été salutaire pour nous et nos relations.

On y a découvert la CNV, grâce à laquelle je tente de faire chaque jour des choix conscients et éclairés pour prendre soin de la qualité de mes relations et nous rendre la vie plus belle.

Et à propos de mes filles, j’essaye le mieux que je peux de les accompagner vers leur vie d’adulte en ayant en tête, à chaque instant, le questionnement suivant :


Quels adultes j’ai envie qu’elles deviennent ? Des adultes façonnés à mon image ou des adultes uniques, libres et conscients, avec leurs spécificités, leurs qualités et leurs défauts qui, j’espère, auront envie de s’inspirer un peu, ou beaucoup, de leur papa ?

Olivier Babando

Formateur en Communication Consciente (dans le parcours de certification en Communication NonViolente)




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